RencontreSportive.com
Duval Auto
   


Destination Nord

Parlons d'abord de la glamour et loquace Florence Le Vot de Biarritz, France. Pour cette numéro 1 mondiale de moto-marine en figures acrobatiques, le cirque médiatique est un jeu d'enfant. Cinquième sportive française la plus médiatisée, sacrée sportive de l'année par le magazine Playboy en 2001, elle se plie volontiers aux entrevues, pose aisément et trouve les mots qu'il faut pour faire une fleur aux commanditaires de l'équipe, aux chums qui soutiennent ses membres, aux maires des villes visitées. En fait, toute personne qui l'aura croisée en gardera un agréable souvenir, car Flojetski est tout à fait charmante. Et cet attrait qu'elle exerce profite aussi à une cause qu'elle s'est donnée en créant Premières, un collectif de 20 sportives championnes mondiales qui luttent pour une meilleure reconnaissance des athlètes féminines auprès du public et des médias.

Mais avant d'être porte-parole, Florence est surtout une athlète dont le parcours a déjà été compromis. En 1994, à l'âge de 26 ans, elle apprend qu'elle a le cancer de l'utérus, puis des ovaires et du colon, une lutte éprouvante qui durera quatre ans. De cette pénible expérience, elle puise une force qui la rend combative. Lorsqu'elle remonte enfin sur son jetski, c'est pour devenir une championne, rien de moins. Une journée typique pour Florence Le Vot, c'est un déjeuner copieux, trois quarts d'heure d'étirements, une heure et quart de cardio, trente minutes de musculation, plusieurs heures au téléphone pour solliciter les partenaires de la prochaine compétition à l'autre bout du monde et booker les rendez-vous presse. Puis, retour à l'exercice avec une heure de pirouettes sur mer. Le summum, c'est des vagues de 12 mêtres et des back flips avant le souper qui sera léger, bien sûr.

Pendant longtemps, Florence a tout sacrifié pour son sport, même l'aventure romantique. L'amour, elle le rencontrait dans la nature, qu'elle apprécie hostile, et la pratique d'activités qui lui procure une bonne dose d'adrénaline. Aujourd'hui, elle est un peu plus nuancée : elle a des copains qui ne vivent pas que du sport et un chum qui aime la houle, sans pour autant faire de sa vie des montagnes russes. Florence a le goût du risque... calculé. Elle s'est inscrite au plus dur raid de motoneige au monde complètement green. Un entraînement organisé dans le nord de l'Ontario était donc un incontournable. Après une vingtaine d'heures de route avec ses coéquipières, elle a apprivoisé le froid et les techniques de conduite. Mais les obstacles (arbres, animaux, engins qui arrivent en sens inverse) restent un soucis. En hors pistes, les filles rouleront moins vite, voilà de quoi tempérer les inquiétudes de celle qui cherche d'abord une expérience humaine et la découverte d'une autre nature. Et puisque Florence a un talent certain pour manier les véhicules motorisés, les choses devraient bien aller. C'est du moins ce que croit la capitaine Chantal Joanis au début du camp préparatoire à Timmons.

Chantal est très expérimentée dans ce genre de compétition, elle a notamment participé au Challenge Kanada en 1997 avec d'autres femmes. Et cette fois, elle sent qu'elle n'aura pas à s'imposer tout le poids de la réussite, même si c'est elle qui tire le traîneau. Ses coéquipières sont des battantes, ce qui lui permet d'espérer un classement dans les cinq premières positions. Personnellement, elle peut certainement y arriver car elle est très bien préparée. Pour cette super woman de Cochrane, Ontario, la motoneige est presque un prolongement de sa composition corporelle. Elle se rend à l'entreprise familiale - un concessionnaire Polaris - en ''machine'' et roule en moyenne 500 km par semaine plus souvent qu'autrement très vite... Chantal, qui a été propriétaire d'un gym, est aussi une pro de body building, discipline dans laquelle elle a décroché une première position en Ontario en 2001. Dans ses temps libres, elle pratique l'équitation sur sa ferme, donne des cours d'aérobie et trouve encore de l'énergie pour coacher ses trois enfants, adeptes de quad, de moto-cross et de motoneige, et dont les résultats sont plutôt concluants : David, son fils de 11 ans, est actuellement 5e au Canada en snow-cross (course de motoneige sur circuit fermé). Pour Chantal comme pour Florence, la vie n'a pas toujours été facile. Elle a élevé sa famille seule et a fait face à la disparition de ses parents dont l'avion s'est écrasé sans jamais être retrouvé. Aujourd'hui, elle a un compagnon de vie que ses enfants appellent Dad. Gerry est son fan numéro un et l'un des commanditaires de son équipe. Accompagné des deux fils, il l'a suivi durant tout le camp d'entraînement, lui prodiguant conseils, réconfort, support logistique et matériel.

A l'aube de la compétition, le plus grand défi de l'Ontarienne est de contrôler ses élans pour permettre à la recrue française d'évoluer graduellement. Elle doit aussi adapter son jargon, de sorte que cette dernière comprenne ses recommandations : "Si ça sent le brûlé quand tu drives, c'est tes slides qui collent en dessous de la track. Ça peut jammer. Quand tu pognes un croche, pèse su'l break, sinon ça shire, t'as pas de balan, tu peux flipper su'l top ". Même Francine de Chibougamau en perd des bouts!

La troisième coureuse et non la moindre ouvrira la piste à l'équipe. Ce choix est stratégique puisque Francine qui a l'habitude des premières places en snow-cross, notamment parmi les hommes 35 ans et plus, excelle dans le hors sentiers. Et c'est aussi une sportive aguerrie. Son cv comporte une participation au Jeux du Québec en saut en hauteur, la pratique du volleyball, du basketball, du hochey, de la moto sur glace et du stock car. Cette mère de trois enfants et éducatrice de la petite enfance a consulté les siens avant d'accepter la proposition de Chantal, parce que l'aventure demanderait deux semaines de perte de revenus, sans compter l'achat d'une motoneige de $ 10 000. Pour assumer ces dépenses, elle a organisé une levée de fonds. Voisins et proches ont contribué et son mari s'est mis de la partie : Réal et son ami Gilles ont concocté un entraînement spécial sur glace, slush et poudreuse, agrémenté de notions de mécanique et d'orientation. Ils feront aussi office d'assistance technique durant le raid : ils entretiendront les équipements de leur bunker mobile et veilleront à ce que leur équipe soit bien accueillie à chaque fin d'étape. Ils étaient déjà dans le coup dès l'entraînement qui a précédé le raid, soucieux de chaque petit détail pouvant faciliter le succès de l'aventure. Réal et Gilles sont très attachés au destin de leurs filles, et bien sûr en particulier à celui de leur protégée dont ils sont très fiers, tout comme le sont les trois enfants de Francine qui seront sur la première ligne de départ. L'ouvreuse de pistes des Femmes Destination Nord entrevoit le défi avec sérénité, se faisant plutôt discrète devant le monde extérieur, mais très impliquée au sein de son équipe. Les seules choses qui semblent l'importuner sont les entrevues télé et les présentations publiques. Une vraie femme des bois quoi!




Rencontre Sportive
Rencontre Sportive
Administration du site Web par QuiboWeb